JRE et désobéissance civile

1/04/2016

Commentaires (5)

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Voici l’extrait d’un livre publié sur Liberté politique.com : « Vers la dissidence ? ». Ce texte aborde les questions essentielles de la désobéissance civile et de l’objection de conscience. Il est rare de lire de tels propos objectifs concernant l’initiative de Farida Belghoul, Journée de Retrait de l’Ecole, lancée en janvier 2014

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La loi et la conscience

La loi a une valeur en droit, une légitimité que la conscience respectueuse de l’ordre de la cité s’interdit de contester politiquement. Mais elle a aussi une valeur en acte, qui se juge dans son efficacité pratique. Il est donc possible pour le citoyen de revendiquer le droit d’évaluer les effets de la loi, selon un référentiel situé au-dessus de la loi : soit à l’intérieur du cadre juridique, par référence à une norme supérieure (les droits de l’homme, pour certains), soit à l’extérieur de ce cadre, par l’invocation d’une autre légitimité, plus élevée, pour refuser de reconnaître celle d’une loi ou d’un pouvoir inique (l’impératif du respect de la loi naturelle et la foi religieuse, pour d’autres). C’est dans ce cadre que doit être pensé l’acte de désobéir.

Cela s’est vérifié de manière expérimentale en France en 2014, lorsqu’une femme, Farida Belghoul, a lancé un mot d’ordre de désobéissance civile pour lutter contre l’idéologie du genre à l’école. Sous le ministre Vincent Peillon, une « expérimentation » a été mise en place en 2013 dans dix académies, centrée sur les « ABCD de l’égalité », un programme directement inspiré du gender et destiné, selon les consignes du ministère, à « aider les enseignant(e)s du premier degré à :

– prendre conscience de leurs attitudes liées aux préjugés et stéréotypes sexistes ;

– savoir repérer et analyser des situations scolaires productrices d’inégalités sexuées ;

– prendre en compte dans leurs pratiques pédagogiques une meilleure égalité de traitement ;

– savoir comment les stéréotypes sexistes se construisent chez les enseignants et chez les élèves et contribuer à leur déconstruction[8] ».

Pour contrer cette propagande idéologique imposée aux enfants en dehors de toute référence aux droits éducatifs des parents, Farida Belghoul a lancé le « Jour de retrait de l’école », une initiative visant à convaincre les parents de retirer tous ensemble, un jour par mois, leur enfant de l’école. En cinq mois, de janvier à juin 2014, cinq Jours de retrait de l’école ont conduit à 250.420 retraits, ce qui en fait la plus importante opération de désobéissance civile réalisée en France sous la Vème République.

Ancienne étudiante communiste à la faculté de Tolbiac en 1978, Farida Belghoul fut une des principales figures de la « deuxième marche des beurs ». Elle fut l’animatrice de l’initiative Convergence 84 qui, avec le slogan « la France, c’est comme une mobylette, pour avancer, il lui faut du mélange », fit se rejoindre à Paris cinq cortèges de jeunes « rouleurs » accompagnés par des dizaines de milliers de manifestants. Romancière, cinéaste, enseignante de français dans un lycée professionnel, Farida Belghoul a lancé en 1993 une initiative, dénommée REID (pour « Remédiation individualisée éducative à domicile »), en direction des jeunes déscolarisés. Familière avec le système éducatif public qu’elle connait de l’intérieur, elle a su trouver l’arme la plus efficace pour affronter le Léviathan scolaire : le retrait volontaire de l’école de leurs enfants par les parents.

Lorsque Farida Belghoul prend conscience des dangers du gender, c’est le souci prioritaire de préserver les enfants de cette idéologie qui la guide. Pour elle, il est tout simplement impossible de rester sans réagir face à ce programme de destruction de la civilisation qui s’attaque à l’âme des enfants. Presque seule, elle va tisser une toile de militants dans les différentes académies et organiser le « buzz » sur les réseaux sociaux. Lorsqu’elle lance pour la première fois le mot d’ordre de retrait de l’école, l’institution scolaire est totalement prise de court. Le ministère de l’Education nationale improvise une riposte en tentant de faire croire que l’objet de la protestation relève de la rumeur sans fondement. Farida Belghoul lui inflige un cinglant démenti en publiant sur son site internet les documents du ministère organisant la propagande pro-gender à l’école. Le ministre manie aussi la répression et des parents sont convoqués par des directeurs d’école et menacés de poursuites au nom de l’obligation de scolarité, mais rien n’enraye le mouvement. En juin 2014, un rapport d’évaluation des ABCD de l’égalité, rédigé par un groupe d’inspecteurs d’académie, confirme la redoutable efficacité du JRE : « On ne peut minimiser la violence symbolique pour les enseignant(e)s qu’ont constituée ces journées ainsi que les polémiques persistantes autour de ce que l’école est accusée de mettre en œuvre dans cette expérimentation. Si quelques professeur(e)s ou équipes pédagogiques ont été stimulé(e)s par ces oppositions, beaucoup d’autres qui étaient engagé(e)s sans réelle conviction dans l’expérimentation ont vu leurs interrogations renforcées [9]». Le même mois, Vincent Hamont, nouveau ministre de l’Education nationale, met fin à l’expérimentation en annonçant son remplacement par une vague « malette pédagogique » pour les enseignants.

La désobéissance civile est ici l’expression d’un refus personnel d’être complice d’une loi ou d’un pouvoir, par un acte collectif de refus qui assume sa transgression et accepte par avance sa sanction. La stratégie politique de la désobéissance civile se sert de la force répressive du pouvoir (police, justice…) pour provoquer une prise de conscience collective de l’injustice de ce pouvoir. Le désobéissant contrevient à la loi en même temps qu’il en appelle à un droit supérieur pour obtenir la modification de la loi : si ce droit est mal traduit dans la loi, il faut la modifier. C’est pourquoi le désobéissant accepte par avance la sanction de la loi : la distinction qui existe entre le délinquant et le désobéissant tient au fait que le premier se cache pour enfreindre la loi alors que le second assume publiquement sa transgression. A la différence de l’objection, dans le débat entre conscience et obéissance, le désobéissant choisit d’écouter sa conscience, non pour se soustraire à la loi, mais pour que – par ses actes – la loi devienne acceptable en conscience. La conscience individuelle qui affronte la loi de la majorité cherche soit à la rendre sans effet, par un renoncement de l’autorité à sanctionner sa transgression, soit à en provoquer la réforme ou à en obtenir l’abandon, par une mobilisation de l’opinion publique dans des actes de protestation qui alourdissent le coût politique de la loi contestée. La désobéissance civile peut de la sorte procéder à une délégitimation de la loi, revendiquant l’usage d’une « légitime défense » des citoyens. Elle peut aussi invoquer le caractère abusif de cette loi et se poser en victime d’un « abus de droit ». Elle peut enfin chercher à désacraliser la loi en soulevant son incompatibilité avec un droit antérieur ou jugé supérieur.

Philippe Darantière

Le techno-nihilisme (Editions Presse de la Délivrance)

Chapitre  « La dissidence »

Lire l’intégralité de l’extrait sur libertepolitique.com

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5 Commentaires

  1. Paul_Marie

    il est tout à fait vrai, que nous ne sommes plus du tout dans une démocratie. Nos élus ne sont que des ….. entièrement téléguidés et manipulés par le pouvoir économique mondial qui tourne dans un tout petit nombre autour des deux plus grosses richesses économique de la planète.
    je ne ferai aucun reproche à nos élus, si j’étais à leur place avec des menaces sur ma tête et sur celles de ma famille, je serais tout autant prisonnier du système.

    la seule marge de manœuvre possible de nos élus, est celle de nos manifestations, celle de notre contestations suffisamment exprimées par des pétitions monstres.

    et c’est alors, et seulement alors, que nos élus s’appuyant sur la dissidence du peuple, auront le poids et la force et le pouvoir de DIRE NON à Monsanto pour ses pesticides, pour son maïs OGM et son soja OGM qui arrivent par bateaux entiers dans le port de Saint Nazaire. Nous consommons les OGM sans le savoir et notre santé nationale va de mal en pire.
    DIRE NON à tout ce qui atteint notre société et chacun d’entre nous.
    Manifester et pétitionner sont les deux seuls leviers de la démocratie restante, pour dire non au pouvoir économique qui veut notre mort sociétale.

    BRAVO FARIDA, tu es La Jeanne d’Arc de notre société en perdition.
    MERCI à toi. Je ne peux que souhaiter que d’autres se lèvent pour continuer ce que tu as si bien commencé, que d’autres se réveillent et sortent de leur somnolence pour constituer en France un IMMENSE COLLECTIF de plusieurs millions de personnes afin de dire NON A LA MEDIOCRITE, et donner à notre démocratie son pouvoir perdu.

    Nos élus ne peuvent rien sans nous contre le pouvoir économique. Il est grand temps d’en prendre conscience, et de se réveiller.

    éphéta ouvre-toi
    –> lève-toi, marche et agis pour la paix le respect et la dignité de tous et de chacun..

  2. Bénévole inconnu

    Excellent retour sur les évènements de 2014. Veut, veut pas, les Jre ont marqué l’histoire de France. Il a raison !
    Bravo et courage à toute l’équipe

  3. Elieja

    Un exemple : « Ils » nous taxent pour financer des avortements. (un exemple parmi d’autres).
    Qu’en pense Dieu ? Et notre conscience ?
    Ils sont… aller, quelques milliers, nous sommes des milliards.
    Jusqu’à quand allons-nous nous écraser ?

    • thefrognevergiveup

      C’est pas le nombre qui compte mais la volonté de quelque uns. Mme Belghoul a fait reculer le gouvernement alors que les centaines de milliers rassemblés a la manif pour tous, le gouvernement en a jamais eu peur et a quand même voté la loi T.

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